La position Hamburg (2)
Publié le 28 Juillet 2011
En février 1944, Royan est promue au rang de forteresse. La « poche » forme un rectangle de 30 kms sur 15 — qui couvre la côte de Meschers jusqu'à Ronce-les-Bains, et qui est délimitée, au nord-est, par l'embouchure de la Seudre.
La poche de Royan, c'est entre 5.000 et 5.500 soldats allemands, 200 pièces d'artillerie, et 349 constructions bétonnées réparties en « points d'appui » — dont la position Hamburg.
Les poches de Royan, de la Pointe de Grave et de La Rochelle ont un triple intérêt, pour l'armée allemande. D'abord, elles interdisent l'utilisation de plusieurs ports ; ensuite, elles permettent de poursuivre la guerre sous-marine. Enfin, en même temps qu'elles offrent un refuge aux divisions allemandes qui ont battu en retraite, mais ne peuvent rejoindre le Reich, elles mobilisent d'importantes troupes françaises qui, enlisées dans une guerre de siège pénible, affaiblissent la défense sur les autres fronts.
Le 12 avril, les troupes françaises lancent une double offensive. Les opérations « Médoc » et « Vénérable », qui aboutiront à la libération totale des poches de la Pointe de Grave, le 20 avril, et de Royan. Le 17, à 12h30, l'amiral Michahelles, qui commande la forteresse de Royan, et tout son état-major, sont faits prisonniers dans leur Q.G. de Pontaillac. Le lendemain, le dernier îlot de résistance de la forêt de La Coubre tombe à son tour, avec la reddition des 800 hommes qui le défendaient.
Le 1er mai, l'Île d'Oléron sera libérée à son tour, suite à l'opération « Jupiter », lancée la veille. Le même jour que l'opération « Mousquetaire », qui vise à reprendre le contrôle de la poche de La Rochelle. Ce sera chose faite le 9 mai... le lendemain de l'armistice, donc.
Je ne sais pas au juste pourquoi ces vestiges de la guerre me fascinent autant. C'est peut-être parce que leur présence sur la côte, dans la forêt, est à la fois tellement incongrue, et tellement naturelle. Parce que le contraste entre le gris terne et les arêtes brutales du béton et l'harmonie de courbes et de couleurs de ce bout de côte (le beige du sable, toute la palette de verts qu'offrent les pins, les oyats, les euphorbes, les bleus du ciel et de l'océan, le jaune des immortelles) fait de bien belles photos... et donne un étrange sentiment de paix, au petit matin.
Et c'est sans doute parce que la présence de ces sentinelles inutiles, fissurées, brisées, englouties par le sable, envahies par la végétation, remet la folie meurtrière des hommes à sa juste place. Pour peu qu'on lui en donne la chance, la nature reprend toujours ses droits...
Le point d'appui « Gleiwitz », par exemple, occupait il y a 65 ans une position similaire à celle des restes du point d'appui « Hamburg » : au sommet du cordon de dunes. Année après année, tempête après tempête... et degré après degré sur l'échelle du réchauffement climatique, il s'est effondré, jusqu'à se retrouver à demi noyé sous les vagues, à marée haute.
La prochaine fois, promis ! Je ne me contenterai pas de zoomer sur ces blockhaus-là. Je ferai le petit kilomètre et demi qui les sépare du début de la plage de la Grande Côte... les pieds dans l'eau !