Un visiteur sur l'estuaire...
Publié le 17 Juillet 2011
Tu t'en souviens, ô lecteur égaré sur ces pages, les Pen Duick n'étaient pas les seuls invités de marque à ouvrir la petite sauterie organisée pour fêter comme il se doit le quatre-centième anniversaire du phare de Cordouan. Il y avait aussi le Belem.
Le Belem, c'est 58 mètres 50 d'acier et de toile. Un grand mât qui culmine à 34 mètres, du haut duquel 115 années vous contemplent. Le Belem, c'est le dernier des trois-mâts barques français, le dernier trois-mâts en Europe qui soit encore en état de naviguer. C'est qu'on est aux petits soins pour lui, surtout depuis qu'il a été classé au titre des monuments historiques, en 1984.
A sa naissance, en 1896, le Belem appartient à la compagnie nantaise Denis Crouan et Fils, spécialisée dans le transport du cacao pour le compte de la chocolaterie Menier. Alors, jusqu'en 1914, le Belem et son équipage de treize hommes traversent l'Atlantique, encore et encore. Trente-trois fois au total. Vers... Belém, au Brésil. Mais aussi vers Montevideo, en Uruguay, ou vers la Martinique.
Le 8 mai 1902, le Belem échappe miraculeusement à l'éruption de la Montagne Pelée. Plus de place dans la baie de Saint-Pierre... il va jeter l'ancre à l'autre bout de l'île. Trente kilomètres à vol d'oiseau... mais une pluie de pierres et de cendres sur le pont, que les pluies torrentielles qui s'abattent sur l'île transforment en véritable ciment, et quelques dégats dans la mâture. La ville de Saint-Pierre est entièrement détruite, tous les bateaux au mouillage dans la baie sont coulés... 28.000 morts, deux survivants. Miraculés, eux aussi.
En 1914, le Belem prend sa retraite commerciale et devient le navire de croisière du Duc de Westminster. De 1921 à 1939, il est propriété de Sir Arthur Ernest Guinness. Sous le nom de Fantôme II, il navigue, encore et encore, fait le tour du monde, par les canaux de Panama et de Suez... eh non, le Belem n'est pas cap-hornier !